Voici quelques articles qui nous invitent à demander cette joie de Pâques comme nous y invite Ignace dans les Exercices : «  demander la grâce d’éprouver intensément allégresse et joie de la si grande gloire et joie du Christ Notre Seigneur » Ex n°221

C’est peut-être l’occasion d’aller relire les règles de discernement et la définition de la consolation…Ex n°315

Voici deux articles courts de deux jésuites : Notre Pape François et Etienne Grieu recteur du Centre Sèvres à Paris qui l’un est l’autre nous invitent à laisser éclater notre joie !

 

La joie imprenable

Avons-nous le droit de laisser éclater la joie de Pâques alors que le monde est en proie à une grande détresse ? Cette joie ne risque-t-elle pas dans ce contexte d’avoir quelque chose de déplacé, d’irréel, voire de tout à fait illusoire ? Mais la jubilation de Pâques n’a rien de tapageur ; ce n’est pas l’excitation de la victoire d’une force sur une autre, triomphe d’autant plus fêté qu’il est tout à fait réversible. La joie de Pâques tient à ce qu’on découvre que les forces de néantisation sont retournées : la mort et le mal, bien réels, sordides et ravageurs, assumés en Christ, sont naissance, vie en Dieu.

Ceux qui connaissent au long cours de grandes précarités le savent depuis longtemps, c’est peut-être pourquoi, à l’étonnement de tous, ils sont capables d’une joie pleine et entière au milieu même du malheur. C’est le moment, pour nous, en ces temps de calamité, de redécouvrir cette joie imprenable, habitée par l’Esprit.

Que cette semaine soit pour vous, toute imprégnée de cette joie de Pâques et ouverte à son travail en profondeur !

Étienne Grieu, sj
Recteur du Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris

 

 

 

 

 

 

Extrait du discours du pape François à la 36e Congrégation Générale de la Compagnie de Jésus (24 octobre 2016)

Que la joie ne nous soit pas volée !

Il est toujours possible de faire un pas supplémentaire dans notre demande insistante de consolation (…). C’est la tâche de la Compagnie de consoler le peuple fidèle et d’aider par le discernement afin que l’ennemi de la nature humaine ne nous enlève pas notre joie : joie d’évangéliser, joie de la famille, joie de l’Eglise, joie de la création… Qu’il ne nous la vole ni par le découragement devant la grandeur des maux du monde et les malentendus entre ceux qui se proposent de faire le bien, ni en la remplaçant par les joies futiles qui sont toujours à portée de main, dans n’importe quel commerce.

Le « service de la joie et de la consolation spirituelle » est enraciné dans la prière. Il consiste à nous encourager et à encourager tout le monde à « demander avec insistance la consolation à Dieu ». (…) Pratiquer et enseigner cette prière qui consiste à demander, avec supplication, la consolation est le service principal de la joie. Si quelqu’un ne s’en considère pas digne (ce qui est fréquent dans la pratique), qu’au moins il insiste en demandant cette consolation par amour du message évangélique, puisque la joie en est constitutive, et qu’il la demande par amour pour les autres, pour sa famille et pour le monde. Une bonne nouvelle ne peut être annoncée avec un visage triste. La joie n’est pas un ajout décoratif, elle est le signe clair de la grâce : elle indique que l’amour est actif, agissant, présent. C’est pourquoi il ne faut pas confondre le fait de la rechercher avec la recherche d’un « effet spécial » que notre époque sait produire par les exigences de la consommation, mais on doit la chercher dans son signe existentiel qui est la « permanence » : Ignace ouvre les yeux et s’éveille au discernement des esprits en découvrant la différence de valeur entre les joies durables et les joies passagères (Autobiographie 8). Le temps sera l’élément qui lui offre la clé pour reconnaître l’action de l’Esprit. Parenthèse : l’une des expressions de la joie profonde est le sens de l’humour. Je crois que c’est là une grâce de Dieu. Pour moi, l’attitude humaine la plus proche de la grâce divine est le sens de l’humour.

Dans les Exercices, le « progrès » dans la vie spirituelle se donne dans la consolation : c’est le fait de « s’élever du bien vers le mieux » (Ex. Spir, 315) et aussi « tout accroissement d’espérance, de foi et de charité, et toute allégresse intérieure » (Ex. Spir, 316). (…) Cette joie de l’annonce explicite de l’Evangile – au moyen de la miséricorde – est ce qui pousse la Compagnie vers toutes les périphéries. Le jésuite est un serviteur de la joie de l’Evangile.