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Exercices spirituels dans la rue (témoignage)

Récit d’une aventure spirituelle dans la rue.

Yves nous avait déjà parlé de cette belle aventure, les exercices spirituels dans la rue. Cette proposition m’avait interpellée, aller à la rencontre de l’autre dans le tumulte de la ville, se laisser conduire par l’Esprit et découvrir le visage du Christ présent dans notre monde. Quel beau programme !

Quelques mois plus tard je me décide, heureuse de pouvoir vivre cette aventure mais avec une certaine appréhension. Je me libère de toute contrainte matérielle à l’exception d’un cours de Yoga,  et me voilà partie pour 3 jours, prête à accueillir l’imprévu.

Après un temps de prière et quelques orientations pour la journée, nous partons chacun de notre côté, là où l’Esprit nous conduit. Je pars donc légère et confiante, attentive aux couleurs, aux bruits, aux odeurs… Ma première rencontre confirme ce que j’attendais, je m’arrête devant un ouvrier qui installe la fibre et ce dernier  m’explique avec passion son métier. Il suffit de prendre du temps… Puis je monte dans le métro, direction Jean Jaurès. J’observe les gens dans la rame, tous rivés sur leur téléphone, chacun dans son monde. Place Wilson, la vie n’a pas encore commencé et je me dirige tranquillement vers la place du Capitole. Une jeune roumaine est là, assise par terre, la tête dans les mains, pensive et abattue. Je m’assieds à côté d’elle et nous discutons un moment, elle a 17 ans et 2 enfants de 3 ans et 7 mois, elle n’a bientôt plus de lait. Elle ne sait pas comment faire pour gagner de l’argent, elle voudrait bien travailler mais elle ne trouve rien… Nous réfléchissons ensemble, j’aimerais tellement l’aider! Ne sachant comment faire, nous partons ensemble à la pharmacie son bébé aura du lait pendant quinze jours… Elle me remercie, évite mon regard et  commence à faire la manche. Cela me fait mal, de plus en plus mal. Je continue à marcher et je vois toute cette saleté, tous ces déchets abandonnés, je sens une odeur forte  et nauséabonde, je vois tous ces gens qui marchent ou qui courent dans tous les sens. Où vont-ils, que font-ils, qu’ont-ils à faire de si urgent qui donnerait une sens à leur vie ? Et moi, qui suis-je et pourquoi suis-je ici ? Que dois-je faire ou plutôt que puis-je faire ?

Le lendemain en sortant du métro, mon regard est attiré par celui d’une vielle femme aux yeux bleus profonds et purs, au visage magnifique buriné par les années et je vois la bonté de son cœur à travers sa personne, toute sa vie. Elle est assise sur un petit tabouret et elle fait la manche. Je m’arrête, elle me regarde, elle me dit que j’ai de beaux yeux et mon cœur s’enflamme. Merci Madame, merci infiniment, merci d’avoir réveillé en moi la flamme qui vacillait. Je lui achète un sandwich et je continue ma route, poussée par un nouveau souffle et je décide d’aller à la messe. Sur ma route, de nouveau, je croise un SDF, Philippe, avec des lunettes de soleil. J’hésite, puis je m’arrête, il enlève ses lunettes comme pour enlever ses protections et nous buvons un café ensemble. Nous discutons longuement et je découvre une personne, avec ses difficultés, ses souffrances mais aussi ses projets et ses joies. Je n’irai finalement pas à la messe, le Christ n’était-il pas là aussi ? Toute la journée sera ponctuée de rencontres, du vieillard attendant sagement sa fille pour participer à une manifestation, au clochard le plus démuni, en passant par les témoins de Jéhovah. La rencontre avec la vieille dame m’a donné l’amour et la confiance dont j’avais besoin pour vivre cette journée.

Le dernier jour arrive et je me demande de quoi il sera fait, j’ai peur de perdre cette flamme de vie qui me réchauffe et me pousse vers les autres. Yves nous demande de retourner vers les lieux où nous avons plus particulièrement senti ou reconnu la présence du Christ. Nous sommes dimanche et je repars donc voir la vieille dame. Les rues sont désertes, elle n’est pas au rendez-vous, Philippe n’y est pas non plus. Je bois un café au même endroit, il n’a pas la même saveur que le café partagé la veille mais je suis en paix. On dirait que le temps s’est arrêté,  je m’assieds dans un square et j’observe les enfants qui jouent sur les balançoires ou s’amusent à attraper des bulles de savon sous le regard nonchalant des parents. Je décide ensuite d’aller à Bagatelle et je regarde à nouveau les enfants et leurs jeux, leurs parents, tous admiratifs et fiers comme ceux des quartiers plus favorisés. La vie est là comme ailleurs, sans que j’aie besoin de « faire » quelque chose, simplement « être là » aujourd’hui.

La retraite est terminée et je sens la présence aimante du Christ en moi, telle une flamme qui ne demande qu’à rencontrer celle de mon frère pour grandir encore et encore. Je voyais en toi un étranger, un pauvre ou un malheureux, j’ai découvert un frère de cœur avec ses joies et ses souffrances. Je voulais à tout pris t’aider alors que tu me demandais simplement d’être là.

M.G.