« Dieu a envoyé son Fils pour que, par lui, le monde soit sauvé »

(Jn 3, 14-21)

En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. »

Offrande au calvaire. Maurice DENIS

Arrêt sur le texte

 « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert ». Jean fait référence à l’expérience des hébreux, qui, sauvés par Dieu du joug de pharaon, marche 40 ans dans le désert. Fatigué de cette marche, à plusieurs reprises, le peuple s’en prend à Moïse et à Dieu, allant jusqu’à regretter l’Egypte, oubliant par là qu’ils y étaient esclaves, s’écartant du Dieu qui les libère. Une fois encore donc, le peuple « récrimina contre Dieu et contre Moïse : ‘Pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert, où il n’y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable !’ Alors le Seigneur envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent dans le peuple d’Israël. Le peuple vint vers Moïse et dit : « Nous avons péché, en récriminant contre le Seigneur et contre toi. Intercède auprès du Seigneur pour qu’il éloigne de nous les serpents. » Moïse intercéda pour le peuple, et le Seigneur dit à Moïse : « Fais-toi un serpent brûlant, et dresse-le au sommet d’un mât : tous ceux qui auront été mordus, qu’ils le regardent, alors ils vivront ! ». (Cf. Nb 21, 5-9) Regarder le serpent, un acte ‘magique’ ? L’auteur du livre de la Sagesse rectifie : « Celui qui se tournait vers ce signe était sauvé, non pas à cause de ce qu’il regardait, mais par toi, le Sauveur de tous. » (Sg 16, 7) La mort qui menaçait le peuple tenait à son manque de confiance, à son incroyance : en regardant le serpent dressé sur un mat, les hébreux redisent leur foi en Dieu, se retournent vers lui.

« Ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle »Comme au désert, le ‘mouvement’ est de croire, pour demeurer vivant. Croire pour avoir la vie éternelle – nous pourrions dire pour vivre pleinement. Croire pour ne pas se perdre, pour ne pas tomber dans l’errance, pour ne pas manquer son but.

« Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle ». Jean nous rappelle ce que nous oublions souvent, de manière plus ou moins consciente : « Dieu a tant aimé le monde ». Le mouvement de croire trouve sa source, sa force, son ‘âme’, dans le mouvement d’amour de Dieu pour l’humanité.

« Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé ». Le désir de Dieu est que le monde soit sauvé, et pour cela, il se donne en son Fils. Mais, si l’amour est Dieu est inconditionnel, il appelle une réponse de l’homme. La présence de Jésus exige que chacun choisisse : c’est la liberté de chacun qui entraine la séparation, et donc le jugement. « Vois, je mets devant toi la vie [la lumière] ou la mort [les ténèbres], la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix, en vous attachant à lui ; c’est là que se trouve ta vie » (Dt 30, 19-20)

« Celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. » « Amour et vérité se rencontrent » (Ps 84, 11) ; « Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. » (Jn 8, 31-32). La foi me tourne vers Celui qui me donne la vie, qui me sauve de mes errances … elle m’engage aussi à chercher à vivre de cette vie-là, en vérité. Comme pour les hébreux, ce chemin vers la liberté peut faire peur parfois, peut être éprouvant, mais il est vivant et pour la VIE.

Méditation à partir du tableau « L’Offrande au calvaire »

***En fin de document, vous trouverez quelques indications de méthode pour la prière***

« En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème »

Le Seigneur me parle … Je m’arrête pour l’écouter.

Si je ne fais que ‘passer’ devant le tableau de Maurice Denis, un essentiel m’est donné à voir : au-dessus d’une masse sombre, sortant de la lumière, Jésus en croix. Mais en m’approchant, en m’arrêtant un peu, je peux distinguer dans le noir, des visages, un bouquet de fleurs, une inscription… Le tableau de Denis nous invite à nous arrêter pour voir plus loin que l’évident.

Me voici Seigneur avec le désir d’écouter ta Parole.

Donne-moi de ne pas craindre de demeurer là, même si je ne comprends pas tout du premier coup. Dispose mon oreille, mes sens intérieurs, pour que j’accueille davantage la richesse de ta Parole, que je ne reste aux évidences, et que j’ose aller plus loin que le connu…

 « Ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé »

Contempler Jésus : son abaissement, sa vie donnée.

Le tableau est tout de couleurs et de formes ‘en aplat’. Jésus en croix est représenté avec le même procédé d’aplat de couleurs : pourtant il se dégage nettement du reste du tableau. Il EST. Comme le dit Saint Paul, il a « la condition de Dieu » : sa ‘grandeur’ est sans conteste. Mais, poursuit Saint Paul, « il ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu … il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » (Cf. Ph 2, 5-11). Cet abaissement, Denis semble le signifier par l’humilité qui se lit sur le visage de Jésus, et par la discrète inscription en bas du tableau : « j’ai versé telles gouttes de mon sang pour toi » (parole tirée des Pensées de Pascal).

Je reste là, devant ce mystère d’Amour.

Je fais silence. Je laisse l’image, les mots me rejoindre, me parler.    

« Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle »

Croire en l’Amour infini de Dieu.

Jésus est tout en lumière ; il est entouré de couleurs lumineuses et chaudes. Les formes, arrondies, inspirent la douceur, le bien-être. La croix est cependant bien là, rouge sang. Il ne s’agit pas de l’oublier, mais de l’accueillir pour ce qu’elle est : le signe de l’Amour qui se donne jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême, pour que nous ne nous perdions pas, pour que nous ayons la vie éternelle.

Me tenant devant la croix, signe de l’Amour infini de Dieu pour l’humanité, pour moi, Je peux faire mémoire de ce qui, dans ma vie, dans mon histoire, dans le témoignage d’autres… me parle de cet Amour qui se donne.

Peut-être aussi (je peux le demander comme une grâce à recevoir) reconnaître ce qui en moi se refuse à cet Amour.

 « Celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu »

Marcher vers le Dieu qui me fait vivre.

La lumière qui entoure Jésus en croix fait contraste avec la partie inférieure du tableau où l’intensité du noir domine. Nuit obscure ? Ténèbres ? Ce n’est pas ce qui vient spontanément à notre esprit. Il y a comme un mouvement : le noir est tendu vers le haut, vers la lumière, vers Celui qui, élevé, s’offre aux regards. Et c’est bien de regards qu’il s’agit : les formes dessinent des silhouettes, que l’on imagine aisément les yeux levés vers Jésus. Deux d’entre elles – plus individualisées – esquissent une attitude différente : l’une baisse la tête, en signe de respect, de peine, de honte ? à chacun d’interpréter… L’autre tient un bouquet de fleurs, dans un geste d’offrande. Le bouquet est posé sur la stèle qui porte l’inscription « j’ai versé telles gouttes de mon sang pour toi ». Avec ces fleurs, veut-elle – ayant contemplé et accueilli Celui qui s’offre par Amour – signifier son désir de s’offrir en réponse d’amour ? Ce mouvement d’offrande est comme attiré vers la lumière, en vagues successives : nous sommes en marche.

En ce dimanche de carême, il m’est proposé de regarder la manifestation de l’Amour ; comme les hébreux dans le désert, regarder Celui qui nous a aimés jusqu’à la croix.

De ce regard peut naître en moi une nouvelle confiance, la capacité d’aller à Lui, sans rien cacher de mes actes, de mes infidélités, de mes manques d’amour…

De ce regard, je peux sentir en moi le désir, la force et le courage d’aller à la vérité, aller à la lumière, pour accueillir LA VIE qui se donne, et en vivre.

De ce regard peut surgir en moi une parole adressée au Christ : parole de reconnaissance et de louange, parole de demande de pardon, parole de confiance…

Un geste pour cette semaine 

 Je peux me préparer à recevoir le sacrement de réconciliation. Pour cela, je me prépare à :

  1. Confesser l’amour de Dieu, la reconnaissance de son œuvre dans ma vie.
  2. Confesser ce qui m’éloigne, me détourne de cet amour, ce qui m’encombre…
  3. Accueillir le pardon de Dieu par la médiation du prêtre.

Quelques indications pour la prière

AVANT

Choisir : le lieu (un lieu tranquille, « habité » – une icône, une Bible…), un moment dans la journée (à noter éventuellement dans votre agenda) et la durée (20’, 1/2h…) … et vous tenir à ce que vous avez décidé !

Lire le texte avec lequel vous allez prier.

 PENDANT

Commencer par se disposer physiquement (la position du corps) et intérieurement (me tourner vers le Seigneur, dans le silence ; peut-être lui demander la grâce de me disposer à être tout à son écoute).

Faire mémoire du texte, son contexte, le lieu où il se passe… et demander une grâce : demander ce que je désire, à la lumière du texte avec lequel je vais méditer.

Suivre les points proposés, en m’arrêtant là où j’ai du goût, là où je suis rejoint…

A la fin de ma prière, parler à Dieu « comme un ami à son ami ou un serviteur à son maître » de ce qui m’habite, ce qui s’est éclairé, ce qui reste en question…

 APRÈS

Noter l’une ou l’autre chose de ce que j’ai vécu dans la prière : ce qui m’a aidé, ce qui a été difficile ; les sentiments (joie, tristesse, paix, ennui…) ; les goûts, les lumières, les résistances ; telle parole qui a résonné fortement…

Cet exercice de relecture aide à reconnaître ce qui s’est passé dans la prière et à progresser peu à peu, à être attentif à la manière dont Dieu me conduit.

Télécharger la méditation du 4ème dimanche de Carême : 4ème dimanche