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Je crois à la Résurrection de la chair

Antoine MALESCOURS, sj

Matin de Pâques...

Pour moi, chrétien, qu’est-il ? Printemps ? Renouveau ? Eternel retour ? Résurrection ?

Notre Credo a choisi les vrais mots de cette fête : « Je crois en Jésus- Christ… Il est ressuscité des morts… Je crois à la résurrection de la chair ». Mais voici qu’aujourd’hui, même dans notre bouche de chrétiens, ces derniers mots roulent comme des archaïsmes, des mots dont on a, peut-être, perdu le sens, des mots qui jurent à être rassemblés, « chair » et « résurrection » !

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© Marie Lavie

Nous, occidentaux, gens de culture grecque, comme les Athéniens des Actes (Actes 17,32), nous trouvons étonnant qu’on fasse tant de place au corps. Nous sommes au fond plus à l’aise avec l’immortalité de l’âme. Elle pose moins de problèmes. Nous sommes des immortels, par le haut de nous-mêmes, par l’âme. L’âme, elle, n’est pas périssable ; cela peut se concevoir. C’était jadis une question de philosophie universitaire. Mais notre corps, qu’il soit jeune ou vieux, est corruptible. Nous le voyons tous les jours et il faut bien s’y résoudre ! Ainsi, aujourd’hui, tous les chrétiens ne sont pas au rendez-vous de Pâques. Certains vont s’en tenir à une vague immortalité de l’âme ; d’autres iront peut-être jusqu’à espérer naviguer avec cette âme, de réincarnation en réincarnation. Quelle dérive !

Quelle dérive par rapport aux récits de Pâques dans nos Evangiles ! Que nous disent-ils ? A Jérusalem, au lendemain du sabbat solennel qui a suivi la mort de Jésus, l’aube se lève sur des femmes en chemin qui cherchent le corps du

supplicié. Entre elles, il n’est question que de ce corps devenu introuvable. La tombe est vide.

Cette question arrache à son effondrement, même la communauté des disciples. Pierre et Jean courent au tombeau… Et le soir de ce même jour, la question du corps du Seigneur est toujours là : en suspens pour les uns, insoluble pour les autres. Or, voici que le Seigneur se tient présent au milieu d’eux, présent de corps et d’esprit. Car, c’est dans son corps qu’il se donne à voir : « Voyez mes mains et mes pieds ; c’est bien moi ! Palpez-moi et rendez-vous compte qu’un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’en ai. » (Luc 24,19)

La victoire de Jésus, c’est la victoire de la fidélité à son Père. Il se présente victorieux du mal et de la mort et sa fidélité c’est aussi celle de son corps. Comment celui-ci n’aurait-il pas part à la victoire de Dieu ? Oui, Jésus est allé jusqu’au bout, corps et âme. Son corps a porté sa Passion tout autant que son âme. Le corps du Christ a peiné, a souffert, s’est vidé par amour. Le Christ a remis son corps entre les mains du Père tout autant que son esprit. Il a payé de sa vie corporelle, de sa chair et de son sang, l’offrande filiale à son Père. Ses dernières heures n’ont pas été des heures de réflexion ou de transports spirituels ; ce furent les heures interminables de son corps souffrant, quand tous les points névralgiques retentissaient douloureusement de la consommation de tout son être. Comment ce corps n’aurait-il pas eu part à la victoire du Seigneur ?

C’est la Bonne Nouvelle, c’est la merveilleuse Nouvelle de Pâques : « Il est le Premier-né d’entre les morts » (Col.1, 18).

Cette Bonne Nouvelle dit aussi le « mystère de notre corps ». Plus j’avance en âge et en passivité, plus mon corps me devient intérieur ; plus il est lié à mon histoire et à mon âme, plus il ne fait qu’un avec moi. Plus que jamais, je suis mon corps, il y a même des moments où, devant Dieu, je ne suis que mon corps. J’entends Paul dire à ses Corinthiens : « … le corps est pour le Seigneur et le Seigneur pour le corps. Et Dieu qui a ressuscité le Seigneur (le Christ), nous ressuscitera, nous aussi, par sa puissance. » (1 Co 6,13-14).

Un germe de résurrection a été semé par le Christ en notre chair humaine. Pour tous les hommes de tous les temps. Cette germination de vie ressuscitée et éternelle, nous la pressentons à l’œuvre et avec une puissance secrète, dans ces corps d’enfants et de jeunes handicapés, de malades, de vieillards, qui peinent, souffrent, meurent et qui ne peuvent rien dire d’autre que la patience, l’abandon, la remise de soi entre d’autres mains. Pour tous les corps, mon Dieu, et pour le mien, je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle.

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