Accueil > Présentation des Coteaux-Païs > Vie du Centre > Dans les pas de Marie-Madeleine

Dans les pas de Marie-Madeleine

Marie Dominique CORTHIER

Comment parler de Pâques dans nos vies sinon comme d’un passage à vivre, comme d’une invitation à passer de la mort à la vie, de l’attachement au détachement, d’un regard centré sur soi à celui qui voit et reconnaît Dieu dans le frère ? Ce passage suppose une sortie de soi et une rencontre forte capable de changer le regard.

Pour approcher ce mystère, mettons nos pas dans ceux de Marie Madeleine, en Jean 20, 11-18. La voilà tout en pleurs ce premier jour de la semaine, tournée vers le tombeau, vers le passé. La mort en elle a fait son œuvre ; celui qu’elle aimait n’est plus là et elle le cherche comme s’il lui appartenait. On a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où on l’a mis… dis-moi où tu l’as mis et je l’enlèverai Cette recherche, toute centrée sur elle et sa souffrance, la rend aveugle, incapable d’entrer dans une relation vraie avec ceux qu’elle rencontre, au point qu’elle ne peut reconnaître Jésus, et le prend pour le jardinier.

Une question cependant va la tirer peu à peu de son enfermement : Femme, pourquoi pleures-tu ? Question posée d’abord par les anges, et reprise par Jésus lui-même, qui ajoute : Qui cherches-tu ? Elle est interpellée dans son identité de femme, sur le lieu de son désir, et cela ouvre en elle une brèche, provoque un retournement.

Mais ce n’est que lorsqu’elle entend Jésus prononcer son nom - Marie - que peut se produire la rencontre en vérité… une rencontre qui lui permet de le reconnaître, lui révélant l’amour qui brûle en elle comme un feu. C’est pour elle un nouveau retournement et un changement de regard radical. Le titre solennel de Rabbouni qu’elle lui adresse en réponse nous invite à penser que sa relation avec Jésus est passée à un autre niveau. Celui-ci l’entraîne alors sur le lieu d’un amour qui s’offre et ne cherche plus à capter pour soi Ne me retiens pas… autrement dit, ne me garde pas pour toi seule, mais Va trouver mes frères et dis-leur…

La voici tirée d’elle-même, de son désir de possession, de ses questionnements stériles, pour être envoyée : il s’agit pour elle d’annoncer un Vivant, et on devine sa joie lorsqu’elle dit aux disciples : J’ai vu le Seigneur… D’un attachement exclusif, elle est passée à un amour qui l’ouvre largement à chacun.

Cela a-t-il quelque chose à nous dire aujourd’hui ?

Si souvent nous ressemblons à Marie-Madeleine, rivés sur le passé, dans des schémas connus et repérés qui nous empêchent d’accueillir la nouveauté ; si souvent nous cherchons à posséder l’autre, à l’aimer pour notre satisfaction au lieu de l’aimer pour lui-même… Mais dans le même temps nous savons que, dans nos cœurs en désir et en attente, la rencontre avec le Ressuscité, reconnu dans la Parole, dans le Pain mais aussi dans le frère, peut faire jaillir en nous une flamme de vie.

La force de la résurrection est bien ce miracle de l’Amour qui se donne jusqu’au bout et qui peu à peu nous conduit à la liberté d’aimer.

Commenter ou questionner

Coteaux Païs - Centre spirituel jésuite du Sud-Ouest