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« Coteaux Païs a fêté 20 ans d’existence. Que nous dit l’Esprit à travers cette expérience ? »

lundi 1er février 2016 , Pascal EYMERY , Anne DA, xavière

Une réponse à deux voix...

Pascal Eymery

"Que nous dit l’Esprit dans cette manière d’aller vers les autres depuis 20 ans ? "

Bienvenue à tous qui nous rejoignez pour cette journée d’Assemblée Générale, où nous allons ensemble considérer le présent et l’avenir des Coteaux Païs, qui nous tiennent tant à cœur. Déjà un an que m’a été confiée la présidence du Conseil d’administration : je dois dire que c’est un vrai bonheur de collaborer avec Anne et Paul, et avec l’ensemble du Conseil, au service de cette très belle œuvre.

Vous savez que cette œuvre des Coteaux Païs, le Père provincial des Jésuites de France, Jean-Yves Grenet, s’y intéresse de près. Le 21 Janvier dernier, il est venu passer une soirée avec le Conseil d’administration. Entre l’eucharistie célébrée ensemble et un repas convivial, il nous a mis en garde contre les risques d’activisme et il nous a invités à prendre le temps et les moyens de vraiment contempler ce qui nous est donné de vivre aux Coteaux. Il nous a alors posé cette question : "Que nous dit l’Esprit dans cette manière d’aller vers les autres depuis 20 ans ? ". Cette question, que nous avons gardée dans notre cœur, nous aimerions la partager avec vous tout au long de cette journée pour y apporter des réponses ensemble. "Que nous dit l’Esprit dans cette manière d’aller vers les autres depuis 20 ans ? "
Je vais commencer en essayant quelques premières réponses, que je vais formuler en trois mots : sobriété, Évangile et écoute. Ces mots veulent dire à la fois la contemplation joyeuse de notre réalité déjà vécue, et aussi des points d’appui pour notre avenir. Et je citerai en écho, pour chacun de ces trois mots, des paroles d’exhortations récentes de notre cher Pape François qui réjouit tant notre cœur de Chrétiens.

Sobriété d’abord.

La tentation de rêver de grandeurs peut nous guetter parfois. C’était mieux avant, quand nous avions le centre de Notre Dame des Coteaux, quand nous avions plus de Jésuites. C’est mieux ailleurs, à Paris ils ont plus de moyens, dans d’autres mouvements, ils y a plus de monde, plus de moyens, plus d’argent, etc.
Mais nous pouvons simplement goûter le bonheur de ce qui est donné : le goût d’être présents simplement où nous sommes, d’apporter dans nos villes cette manière ignacienne à quiconque veut bien la recevoir. Ce qui se fait, c’est beaucoup de rencontres toutes simples de nos frères et sœurs, dans une certaine frugalité de moyens : pas de locaux en propre, disponibilités de religieux en diminution, réalités parfois difficiles pour les équipes locales et aussi à Toulouse.
Que nous dit à ce sujet le Pape François ? La sobriété est au cœur des perspectives de son encyclique Laudato Si. Écoutons-le donc : « La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. Ce n’est pas moins de vie, ce n’est pas une basse intensité de vie mais tout le contraire ; car, en réalité ceux qui jouissent plus et vivent mieux chaque moment, sont ceux qui cessent de picorer ici et là en cherchant toujours ce qu’ils n’ont pas, et qui font l’expérience de ce qu’est valoriser chaque personne et chaque chose, en apprenant à entrer en contact et en sachant jouir des choses les plus simples. Ils ont ainsi moins de besoins insatisfaits, et sont moins fatigués et moins tourmentés."
Et moi, je me demande : moins fatigués et moins tourmentés que les Parisiens par exemple, et si c’était un charisme, un don spécialement accordé par l’Esprit pour le Sud-Ouest ?
Bon, je cite encore le Pape : "On peut vivre intensément avec peu, surtout quand on est capable d’apprécier d’autres plaisirs et qu’on trouve satisfaction dans les rencontres fraternelles, dans le service, dans le déploiement de ses charismes, dans la musique et l’art, dans le contact avec la nature, dans la prière. Le bonheur requiert de savoir limiter certains besoins qui nous abrutissent, en nous rendant ainsi disponibles aux multiples possibilités qu’offre la vie. " C’est me semble-t-il tout un programme pour continuer nos actions auprès de nos frères.

Évangile est le deuxième mot que je propose.

Il est au cœur de notre vie de Chrétiens et de notre action apostolique. Notre pèlerinage en Terre Sainte permet par exemple de goûter l’accent galiléen de la parole du Seigneur sur les lieux mêmes où il les a prononcés. Et je revois encore ces paysages des rives de Tibériade ou j’ai eu la joie d’aller il y a deux ans avec les Coteaux, en compagnie de Michèle mon épouse... Là même où le Seigneur a fait tant de rencontres, soulagé tant de souffrances, là où il a été en personne bonne nouvelle de libération.
La sobriété dans l’action apostolique nous ramène à cet essentiel, que le Pape définit dans la Joie de l’Évangile. L’essentiel, c’est d’exprimer à quiconque nous rencontrons dans nos apostolats : "Jésus-Christ t’aime, il a donné sa vie pour te sauver, et maintenant il est vivant à tes côtés chaque jour pour t’éclairer, pour te fortifier, pour te libérer.[...cette première annonce, nous ne doit pas être ] oubliée ou remplacée par d’autres contenus qui la dépassent.", précise-t-il. Veut-il souligner le risque pour nous Chrétiens d’être des théoriciens désincarnés, d’abord épris de vérités morales et dogmatiques qui auraient pris une prépondérance excessive ? En tout cas c’est hélas la perception qu’ont certains de nos contemporains quand ils parlent de notre Église.
Alors, pourquoi ne pas vivre cette simplicité du kérygme évangélique de manière privilégiée aux Coteaux Païs ? Mais n’est-ce pas déjà le cas quand nous sommes appelés à la rencontre de nos frères et sœurs en cherchant avec eux un sens de libération et d’amour au cœur des particularités de leur existence de jeunes professionnels, de couples, de parents, de grands parents, de divorcés, d’homosexuels, ou de personnes en prises avec des difficultés diverses ? Nous nous efforçons de témoigner que le Seigneur les aime jusqu’au bout de leur croix qui est aussi la sienne, à leurs côtés où qu’ils soient, pour les libérer et leur donner d’aller vers la vie et la joie.
Ceci me conduit à mon dernier mot :

Écoute.

L’écoute a une grande place dans notre apostolat, cette écoute dont nos frères et sœurs ont tant besoin. Nous avons donné près de 1200 journées de retraite cette année, et beaucoup d’accompagnements individuels. Nous organisions aussi des retraites tous les ans pour les jeunes étudiants de l’ICAM chrétiens ou non, et ils apprécient beaucoup ces semaines décisives pour orienter leurs vies. Notre manière d’écouter n’est pas tournée seulement vers un développement personnel autocentré comme certaines approches uniquement psychologiques, mais oriente vers l’appel intérieur qui fait grandir le meilleur de soi en direction de l’autre.
Dans la Joie de l’Évangile encore, le Pape nous dit :
"Nous avons besoin de nous exercer à l’art de l’écoute, qui est plus que le fait d’entendre. Dans la communication avec l’autre, la première chose est la capacité du cœur qui rend possible la proximité, dans laquelle il n’existe pas une véritable rencontre spirituelle. L’écoute nous aide à découvrir le geste et la parole opportune qui nous secoue de la tranquille condition de spectateurs. C’est seulement à partir de cette écoute respectueuse et capable de compatir qu’on peut trouver les chemins pour une croissance authentique, qu’on peut réveiller le désir de l’idéal chrétien, l’impatience de répondre pleinement à l’amour de Dieu et la soif de développer le meilleur de ce que Dieu a semé dans sa propre vie."
Nous pouvons alors nous risquer vers les marges et les périphéries de nous-mêmes et des autres ! Nous pouvons ainsi accompagner le Pape François sur le "chemin qu’il tente de tracer pour l’Église, cet exode vers les périphéries existentielles d’une humanité souffrante et mendiante d’amour, de tendresse, de compassion" - j’emprunte ici des expressions d’Enzo Bianchi, le prieur de la communauté de Bose.
Voilà, il semble donc que ce que l’Esprit nous dit ici aux Coteaux Païs soit au diapason de de qu’il dit par la chaire de Pierre, ce qui ne peut que nous réjouir et nous encourager à aller plus loin avec une audace redoublée. Et à ces 3 mots, sobriété, Évangile et écoute, vous en ajouterez bien d’autres aujourd’hui, pour répondre à la question du Père provincial.
Nous avons eu la joie de fêter les 20 ans en juin, avec une journée de mémoire joyeuse et de fête fraternelle avec l’envoi en mission des bénévoles, en point d’orgue l’évocation théâtrale d’Etty Hillesum, chercheuse de trouveuse de Dieu en toute chose.
En janvier 2016, nous accueillerons à Toulouse la rencontre des responsables des 5 centres spirituels jésuites de France et de celui de Belgique francophone. Que dire de notre spécificité, comment apporter notre pierre à l’édifice, à la réflexion sur ce que nous avons à apporter à l’Église et au monde ? Tout au long de cette journée, vous allez nous aider à témoigner de ce qui nous est donné de vivre, ce qui rejoint directement la question du Père Grenet : "Que nous dit l’Esprit dans cette manière d’aller vers les autres depuis 20 ans ? "

Anne Da

Coteaux Pais a fêté 20 ans… le 20 juin 2015 !

Il y a un temps pour labourer, un temps pour semer, un temps pour moissonner, un temps pour rendre grâce ! Vous êtes venus nombreux célébrer la fidélité de Dieu tout au long de la structuration du centre spirituel de Toulouse marqué par l’itinérance dans le grand sud-ouest. 150 personnes ont participé à l’Eucharistie conclusive de la journée festive, 450 personnes se sont laissées rejoindre par l’expérience d’Etty Hillesum interprétée au théâtre par la Compagnie Le Puits.

Que nous dit l’Esprit à travers cette expérience ?

Une des caractéristiques de Coteaux Pais qui s’exprime dans la manière de travailler au quotidien, est la collaboration qui s’enracine et prend corps dans une œuvre commune : le service de la structuration et de la croissance de la vie humaine et spirituelle des personnes. Mission qui prend la forme d’une itinérance, à la manière du Christ parcourant les routes à la rencontre de l’autre.

Cette collaboration se cherche dans plusieurs directions. Et chacun de vous, destinataires de cette lettre, reconnaîtra le lieu particulier et la forme que prend cette alliance avec le centre spirituel.
- Dans l’association, représentée par le Conseil d’administration où chacun tient sa place. Par la collaboration étroite entre le président laïc Pascal Eymery, le supérieur jésuite Paul Legavre et la directrice xavière, Anne Da.
- Dans le travail entre permanents qui ont reçu mission d’être garant des orientations du Centre, reçues de la Compagnie de Jésus. Et bien sûr dans la collaboration entre les permanents et tous les membres des Coteaux Pais. Cette collaboration est structurelle. Elle est née avec le projet des Coteaux Pais il y a 20 ans, s’est frayé un chemin au fil des années avec son lot de difficultés mais surtout de créativité, et à ce jour elle est parvenue à une certaine maturité. Maturité qui est dû au travail de formation des membres laïcs des Coteaux Pais devenus toujours plus compétents et capables d’entrer en dialogue non seulement avec le monde d’aujourd’hui, ce qui est leur charisme propre, mais encore d’entrer en dialogue au cœur des églises locales, sous des formes variées (accompagnement, retraites, formations, initiation à la prière…) Ce travail en cours depuis longtemps ne cesse de s’approfondir et de porter du fruit.
- Mais il y a une collaboration dans une autre direction. Celles des Coteaux Pais avec les structures qui nous permettent de mettre en œuvre nos propositions : lieux d’accueil, monastères, paroisses, doyennés, institutions…. C’est-à-dire une collaboration qui jaillit d’un manque. Un manque de locaux, d’espace, qui nous tourne vers ceux qui ont cet espace pour leur demander leur aide. Notre interdépendance devient une richesse, non seulement à cause des espaces partagés mais grâce aux liens tissés entre nous et les membres de ces lieux d’accueil qui nous provoquent à l’ouverture.
Là encore, c’est une donnée structurelle liée à notre manière de procéder par une itinérance constitutive des Coteaux Pais. Itinérance évangélique, puisque nous mettons nos pas dans ceux du Christ et que nous vivons tous, chacun à sa mesure, selon sa place dans le Corps apostolique, une expérience qui allie labeur et joie à la rencontre de l’autre. Cette itinérance nous a façonnés et a creusé la collaboration.
- Au point que nous pouvons évoquer encore une autre forme de collaboration. Nous constatons que ce que nous appelons le hors programme prend de plus en plus de poids dans notre activité. C’est-à-dire ce qui nous est demandé, ce qui est impulsé par les liens tissés, par la connaissance mutuelle entre structures. Ces demandes équilibrent notre activité non seulement sur le plan financier mais surtout dans notre manière d’approcher les réalités ecclésiales ou institutionnelles que nous croisons. De ce travail en alliance naissent des liens fraternels entre membres appartenant à des spiritualités différentes. Ces rencontrent nos affectent, nous modifient, nous transforment.
- Reste toutefois une question que nous nous sommes posée lors d’une communauté d’animation en mai dernier, qui réunissait les membres des équipes locales (réparties sur 6 diocèses du sud-ouest).
Quelles sont nos périphéries ? Comment rejoindre des personnes que nous ne côtoyons pas, qui sont loin de nos propositions…ou dont nous sommes loin…. Question posée par le pape François, mais surtout par la manière d’être et de faire du Christ. Cette question reste à travailler et nous aidera à ne pas nous installer dans une itinérance devenue notre manière d’être et de faire qui reste d’actualité mais qui doit être revisitée par cet appel à des déplacements intérieurs pour que les limites de notre mission s’élargissent aux dimensions plus vastes de la rencontre de l’autre qui repousse toujours plus loin les frontières que nous mettons.

En guise de conclusion, je me demande si la collaboration, qui est le travail de l’Esprit dans nos vies, dans nos relations, dans nos structures, ne pourrait pas aussi se dire en termes de visitation. Cette collaboration à laquelle nous sommes poussés, qui parfois nous malmène nous conduisant là où nous n’avions pas envisagé d’aller, peut devenir le lieu et le temps d’une expérience spirituelle, celle d’une visitation.
Visitation qui laisse des traces brûlantes en nous comme dans le cœur des pèlerins d’Emmaüs, qui diffuse le goût délicat du service comme à Cana, qui inscrit la marque de l’Esprit en forme du tressaillement de joie des petits d’homme portés par Élisabeth et Marie.
Alors laissons-nous visiter les uns les autres, les uns par les autres, ceux vers qui nous sommes envoyés comme ceux qui sont envoyés vers nous.

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Coteaux Païs - Centre spirituel jésuite du Sud-Ouest